Fin de l’aide américaine en Afrique du Sud : « Trump veut qu’on meure »
« Pourquoi Donald Trump souhaite-t-il notre mort? » m’ont demandé plusieurs Sud-Africains, parfois la gorge serrée par l’émotion. Sur les 20 millions de personnes dans le monde infectées par le VIH, le tiers, 7,5 millions, vivent en Afrique du Sud. C’est 12 % de la population du pays, la prévalence la plus élevée au monde. Depuis le démantèlement de l’USAID, l’Agence américaine de développement international, des dizaines de cliniques ont fermé en Afrique du Sud, des milliers de personnes ont été mises à pied. Le dépistage ne se fait plus, le suivi de ces personnes est suspendu, les antirétroviraux ne sont plus distribués. « Je pourrais mourir si je n’ai pas ma médication », affirme Kenneth Tshabalala. Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay Alors que les personnes atteintes du VIH craignent d’être très malades, leurs conjoints et conjointes ont peur d’être contaminés. Car quand on cesse de prendre les antirétroviraux, on redevient rapidement contagieux. La mère de trois jeunes enfants peine à finir sa phrase tellement son angoisse est grande. Depuis un mois, elle n’a pas réussi à obtenir la PrEP, la médication qui réduit les risques d’être infectée lors d’une relation sexuelle. Mpumi Mazibuko a appris en février que son conjoint était atteint du VIH Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay Depuis le retrait du financement américain, le 20 janvier, qui a provoqué la fermeture des cliniques destinées aux séropositifs, les dispensaires de santé publique sont débordés, particulièrement dans les townships. Mavis Ndanezitha continue d'accompagner des malades, même si elle a perdu son emploi. Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay Mavis aide aussi des malades chroniques, qui peinent également à recevoir leur traitement, depuis le 20 janvier. C’est le cas de Mandala Zwane, un père de famille de 45 ans qui souffre d’arthrite rhumatoïde. La soignante qui traitait M. Zwane n’est plus en poste et n’a pas été remplacée. À la fin février, il a attendu trois jours d’affilée, souvent debout, avant qu’on soulage sa douleur. Et il n’a pas été dépisté pour le VIH, comme c’était prévu. L’aide étrangère des États-Unis représentait 42 % de toute l’aide internationale. Le retrait de ce financement, du jour au lendemain, est vécu comme un choc brutal par des dizaines de millions d’Africains, qui ne reçoivent plus de nourriture ni de soins. Un des programmes américains les plus importants était le PEPFAR (President's Emergency Plan for AIDS Relief), qui finançait la lutte contre le VIH-sida, la tuberculose et la malaria. Le reportage de Sophie Langlois Le programme, créé par George W. Bush, un président républicain, avait largement contribué à freiner les pandémies de sida et de tuberculose en Afrique, dans les années 2000. Sa fin fait craindre le pire, pour la suite, selon plusieurs médecins engagés dans la lutte contre le VIH-sida en Afrique. Le docteur Éric Goemaere, ex-chef de mission de Médecins sans frontières en Afrique du Sud, où il vit depuis 25 ans, est inquiet. Une enseigne indique que le directeur aux opérations à la lutte contre le VIH, le sida et les maladies sexuellement transmissibles sera « bientôt de retour ». Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay Le médecin craint que la tuberculose revienne faire des ravages dans les pays du nord. La fin brutale de l’aide américaine a eu malgré tout un certain effet positif : cela a fouetté la fierté des Sud-Africains. Ils ont lancé une campagne intitulée Je pourrais mourir si je n’ai pas ma médication
, dit Kenneth Tshabalala, un père de famille de 39 ans, qui vit avec le VIH depuis 11 ans. C’est difficile depuis janvier parce qu’on est dans le noir, notre gouvernement ne nous dit rien, on a peur, on n’a pas le choix.

J’ai peur quand il me prend dans ses bras
, dit Mpumi Mazibuko, qui a appris en février que son conjoint était atteint du VIH. Je n’oserais pas faire l’amour, même avec un condom. Parce que sans traitement et sans prévention, on va mourir
, craint-elle. 
Le personnel est surmené, les files s’allongent chaque jour, les temps d’attente sont de plus en plus longs
, affirme Mavis Ndanezitha, qui travaillait pour Treatment Action Campaign, une grande organisation nationale qui gérait plusieurs des cliniques fermées en janvier. Mavis a cessé d’être rémunérée à la mi-mars. Elle continue d’accompagner les malades, bénévolement, pour les aider à avoir accès aux soins.Je suis déçue d’avoir perdu mon emploi, mais je continue d’encourager les gens à aller à la clinique, je prends des rendez-vous pour eux et je les accompagne. Je tiens à le faire parce que j’ai failli mourir de la tuberculose, je sais ce que c’est que d’être mal soignée
, affirme-t-elle.
Chaque jour, dit-il, quand je me réveille, toutes les articulations de mon corps font mal.
On apprécie tout ce que l’Amérique fait pour nous, dit-il, mais M. Trump nous tourne le dos, il veut qu’on meure.

Dès que les gens arrêtent leur traitement ou le prennent de façon très irrégulière parce qu’il y a beaucoup trop de contraintes pour le prendre régulièrement, ils deviennent résistants et donc la charge virale, qu'on appelle ça, donc le nombre de virus dans le sang, explose et ils deviennent très infectieux. On risque vraiment de voir un rebond de l'épidémie de VIH et de tuberculose et des maladies qui viennent avec le VIH.

La tuberculose, ça se répand beaucoup plus vite que le sida et ça passe les frontières sans peur. Un jour, ceux qui ont pris cette décision de couper PEPFAR d’un coup seront peut-être reconnus pour avoir déclenché une nouvelle pandémie de tuberculose ou d'autres maladies opportunistes
. Mais le médecin juge que les Sud-Africains seront capables de combler le vide laissé par Washington.20 millions people on death row
, 20 millions de personnes dans le couloir de la mort
. Ils demandent à leur gouvernement d’investir plus en santé, afin de ne plus dépendre de l’aide internationale.
Advertising by Adpathway









